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jeudi 21 avril 2016

Au château de Louvignies

La princesse Esméralda de Belgique était récemment au château de Louvignies pour une conférence autour de son ouvrage "Femmes Prix Nobel de la Paix", paru en 2014 aux éditions Avant-Propos.

Sur la photo ci-dessous, la princesse Esméralda pose aux côtés de Florence de Moreau de Villegas, l'actuelle propriétaire du château de Louvignies (commune de Soignies dans notre province du Hainaut).


Le 3 avril, Florence de Moreau de Villegas était à Bruxelles aux côtés de notre asbl Pro Belgica pour l'hommage à Gabrielle Petit, car elle a écrit un livre sur une membre de sa famille qui s'est illustrée durant la première guerre mondiale.

Photo : Félicien Thiry

Vous trouverez ci-dessous un compte-rendu de ce livre :



"Une châtelaine dans les tranchées" de Florence de Moreau de Villegas de Saint-Pierre (éditions Racine) 

Née en 1870, Maria de Villegas de Saint-Pierre passe une enfance heureuse au château de Louvignies (province de Hainaut) dont son père est le bourgmestre. En 1892, elle épouse le comte Léopold van den Steen de Jehay, conseiller de légation. Le couple se partage entre leur hôtel particulier à Bruxelles et leur château de Chevetogne (province de Namur). Ils ont un fils unique, Jean. Maria est sociétaire de la Société des Gens de Lettres, écrit différents ouvrages et reçoit en 1913 un prix de l'Académie française. Membre fondateur de l'école d'infirmières Sainte-Camille à Bruxelles, elle multiplie les démarches pour officialiser cette école catholique. 

Mais le présent ouvrage rend hommage à son action durant la première guerre mondiale grâce à sa correspondance, ses albums et ses notes manuscrites retrouvés en 2007 dans un coffre à Louvignies. Lors de l'invasion allemande du 4 août 1914, son fils Jean s'engage comme volontaire et Maria transforme son château de Chevetogne en hôpital de la Croix-Rouge qu'elle dirigera jusqu'en novembre. De retour à Bruxelles, elle décide de partir sur le front avec ses infirmières. En 1915, elle devient directrice de l'hôpital Elisabeth de Poperinghe, une commune située sous commandement britannique. Un poste qu'elle occupera pendant plus de trois ans et demi. 

Ses écrits nous permettent de nous rendre compte de la vie quotidienne difficile de cet hôpital. Elle confie : "De toutes nos fibres tendues, nous sommes attachés à ces lamentables épaves. Avec quel cœur, avec quel oubli de soi-même, on tâche de les soulager. Si plus rien ne semble rebutant, dégoûtant ou fatiguant, c'est qu'on agit sans penser, dominé par la nécessité du devoir immédiat et matériel à accomplir. Écrasé par ce labeur, anéanti de fatigue, on ne songe plus qu'au mobile chrétien et patriotique qui nous a lancé dans cette aventure. L'horreur a aboli la pensée. L'effort, dans sa continuité (à présent que nous sommes ici depuis plusieurs semaines), est devenu un engrenage quotidien, mécanique et tenace : détruire la maladie, sauver les malades et ne pas flancher!". 

Maria utilise son carnet d'adresses pour obtenir de l'argent pour son hôpital qui reçoit notamment la visite des ministres belges de la Guerre Charles de Broqueville, de l'Intérieur Paul Berryer et de la Justice Henry Carton de Wiart, de l'ambassadeur des Etats-Unis en France et de la reine Elisabeth qui la surnomme "le major de Poperinghe". En 1916, elle est atteinte de septicémie et ses jours sont en danger. Mais elle est opérée et sauvée. Maria se rend plusieurs fois sur le dernier lambeau de territoire belge libre, où elle rencontre le couple royal et visite l'hôpital de l'Océan du docteur Lepage. Le roi Albert Ier lui remet l'Ordre de Léopold en lui disant : "Je tiens à vous l'épingler moi-même car vous êtes restée quand les autres sont partis". 

La vie continue à Poperinghe avec son lot de blessés, de morts et de bombardements jusqu'à la fin de la guerre. Maria participe aux Joyeuses Entrées des souverains dans les villes libérées de Tournai et Bruxelles. Outre l'Ordre de Léopold, elle reçoit diverses décorations (Ordre de l'Empire britannique et Légion d'Honneur notamment) et est nommée citoyenne d'honneur de Poperinghe. Après la guerre, elle a la douleur de voir la santé de son fils unique se dégrader. 

En 1937, Maria fait publier "Mon journal d'infirmière" qui relatait les mois d'août à novembre 1914, et avait l'intention d'écrire la suite. Mais elle décède à Bruxelles en 1941 à l'âge de 70 ans en pleine deuxième guerre mondiale. Ses funérailles ont lieu en grande pompe à la cathédrale Saints-Michel-et-Gudule et un hommage lui est rendu à l'Académie Royale de Littérature. 

Dans le cadre du centenaire de la Première Guerre mondiale, bravo aux éditions Racine et à Florence de Moreau de Villegas de Saint-Pierre de rendre hommage à ces gens de l'ombre dans cet ouvrage richement illustré ("ce livre est la petite histoire de la comtesse van den Steen de Jehay dans la grande histoire de la guerre 1914-1918", comme le signale l'avant-propos). 

Compte-rendu de Vincent Leroy, président de Pro Belgica Hainaut.

mercredi 13 août 2014

Spectacle 14-18 le 15 août à Louvignies




Signalons que Florence de Moreau de Villegas de Saint-Pierre, propriétaire du château de Louvignies, a écrit un livre sur la vie durant la guerre de son aïeule la comtesse van den Steen de Jehay : "Une châtelaine dans les tranchées", paru aux éditions Racine. 


mardi 24 juin 2014

"Le général van Halen et la révolution belge de 1830" (Anne-Marie Storrer)

Né en 1788 en Espagne, don Juan van Halen descend d'une famille patricienne originaire de Weert au Limbourg. De génération en génération, ses ancêtres étaient notaires, avocats ou juges de paix, ainsi que bourgmestres de Weert. Son grand-père Joannes Antonius s'installe en Espagne. Juan van Halen entre dans la marine royale espagnole dont il gravit rapidement tous les échelons : il est nommé sous-lieutenant de frégate en 1806 et participe notamment à la bataille de Trafalgar et à la guerre du Caucase. Il parle l'espagnol, l'anglais et le français. 



Ayant pris part aux côtés des révoltés aux guerres civiles qui déchirent l'Espagne, Juan van Halen part en exil en attendant qu'on le rappelle dans sa patrie. Après avoir voyagé aux Etats-Unis et au Mexique, il décide en 1826 de retourner avec son épouse et leurs deux fils dans le berceau de ses ancêtres. La famille habite d'abord Chaudfontaine, où Juan van Halen entreprend d'écrire ses mémoires et de raconter les batailles auxquelles il a participé. C'est là qu'il devient ami avec le jeune avocat et journaliste liégeois Charles Rogier. 

Gravure (1853) par José Vallejo y Galeazo
(Bibliothèque Nationale d'Espagne)


En 1829, Juan van Halen s'installe à Bruxelles où des émeutes éclatent en août 1830 suite à la représentation de "La Muette de Portici" au Théâtre Royal de la Monnaie. Devant l'inertie des autorités, des bourgeois bruxellois créent une garde bourgeoise dont il fait partie. Le roi Guillaume d'Orange reste sourd aux revendications des Belges, et les troubles se poursuivent. Charles Rogier arrive de Liège avec plus de 300 volontaires. Le 24 septembre, Juan van Halen (42 ans) est nommé commandant en chef des forces actives de la Belgique, et c'est donc lui qui dirige les volontaires belges lors des combats autour du parc royal et de la place Royale contre les soldats de l'armée néerlandaise. La tâche n'est pas aisée, comme il l'écrit le 25 septembre : 

"Le caractère particulier des combattants qui composaient notre armée de citoyens, joint aux habitudes d'insubordination qu'ils avaient contractées lors des journées précédentes, en avaient fait autant de généraux que de soldats. Avec le jour cessa le feu et la sécurité de la ville fut à nouveau abandonnée à la garde d'une centaine de braves exténués de fatigue et je n'avais en mon pouvoir aucun moyen pour l'éviter. Dès le soir, j'avais placé des postes aux principaux points qu'il importait de conserver, avec ordre de ne laisser partir aucun volontaire ; et c'est dans la force de leurs habitudes que postes et volontaires quittèrent le champ de bataille pour aller remplir les tavernes où ils se racontaient leurs exploits". 

Le lendemain, il écrit : "Toutes ces opérations exécutées à la vue d'une armée considérable, occupant la position militaire la plus avantageuse, eurent lieu avec plus de précisions et d'hommes que l'on pouvait en attendre de simples volontaires, pleins d'ardeurs à la vérité, mais sans discipline et n'ayant parmi eux que quelques anciens militaires". 

Dans la nuit du 26 au 27, les troupes hollandaises quittent le parc royal. Juan van Halen fait annoncer la victoire au gouvernement provisoire installé à l'hôtel de ville de Bruxelles. Son expérience militaire aura été très utile. Au cours des combats de fin septembre, 456 citoyens belges sont décédés, 1226 blessés et 122 prisonniers. 

Peinture anonyme


Après l'indépendance de la Belgique, le gouvernement provisoire le nomme lieutenant général. En 1835, Léopold Ier l'autorise à rentrer en Espagne où il reprend rang dans l'armée. Il sera ensuite capitaine général de la Catalogne (de 1840 à 1842) et président du tribunal de guerre de la marine (de 1854 à 1856). Juan van Halen revient cependant régulièrement en Belgique où il est reçu par le roi Léopold Ier. Il décède à Cadix en 1864. 

Près d'un siècle et demi plus tard, une membre de sa famille, l'avocate bruxelloise Anne-Marie Storrer, décide de lui rendre hommage et d'écrire sa biographie en 2005 à l'occasion des 175 ans de l'indépendance de la Belgique. 

Vincent Leroy
Président de Pro Belgica Hainaut

mardi 18 mars 2014

Exposition et livre sur Marguerite Bervoets

Née à La Louvière en 1914, Marguerite Bervoets termine ses humanités au lycée de Mons, où sa famille s'installe en 1930. Très jeune, elle manifeste une passion pour la poésie. En 1936, elle obtient à l'ULB le diplôme de licenciée en philologie romane avec grande distinction. Un an plus tard, Marguerite commence à enseigner à l'Ecole Normale de Tournai. Lorsque la deuxième guerre éclate, elle gagne rapidement les rangs de la résistance : elle fait paraître un journal clandestin intitulé "La Délivrance" et sert d'agent de liaison entre les groupes de résistance de Lille et de Tournai. Arrêtée en 1942 au cours d'une observation du champ d'aviation de Chièvres, elle est emprisonnée à Ath, Tournai et Mons, puis déportée en Allemagne. Condamnée à mort, elle est décapitée en août 1944. Parmi les nombreux hommages à sa mémoire, le lycée de l'Etat de Mons prend son nom et s'appelle actuellement l'Athénée Royal Marguerite Bervoets.



A l’occasion du centenaire de la naissance de Marguerite Bervoets, l’asbl Hainaut, Culture et Démocratie propose de revenir sur le parcours de cette femme d’exception. Une occasion unique de découvrir, au-delà de son activité de résistante lors du second conflit mondial, qui était la jeune fille puis la femme derrière ce nom. Sa vie et son œuvre seront mises en dialogue avec des sources traitant plus globalement de la résistance des femmes d'hier et d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs. 

Tombe de Marguerite Bervoets au cimetière de Mons fleurie
par le Conseil communal le 11 novembre 2013


De fait, à cet égard, Marguerite Bervoets constitue une figure exemplaire : sans hésitation, elle a opté pour le refus de céder à la force et de faire passer sa sécurité personnelle avant la juste cause qu’elle avait décidé de défendre coûte que coûte. Mais il y a plus : elle a su s’élever au-dessus de l’esprit partisan et reconnaître dans l’autre, fût-il dans le camp de l’ennemi, un être humain à part entière. 

Une exposition gratuite lui est donc consacrée à la Salle Saint-Georges (Grand Place de Mons), accessible du 7 mars au 4 mai 2014, de midi à 18h du mardi au vendredi et de 14h à 20h le week-end. 



En marge de l'exposition sera publiée une biographie de la résistante par Emile Péquet, le président du Comité Marguerite Bervoets. Cette publication est le troisième volet de la collection des "Carnets de la mémoire", éditée par l'asbl Hainaut, Culture et Démocratie. Cette publication est disponible durant toute la durée de l'exposition à la Salle Saint-Georges et, ensuite, au siège de l'asbl (112b, route d'Ath à Nimy). 

Merci à Catherine Hocquet, présidente de l'asbl Hainaut, Culture et Démocratie et membre de Pro Belgica Hainaut, pour les informations. 

samedi 9 novembre 2013

"Le règne d'Albert II" (Vincent Leroy)

Passionné par l'histoire belge contemporaine, Vincent Leroy est l'auteur de huit autres ouvrages consacrés au roi Albert II, au poète Emile Verhaeren, au prince-régent Charles, à la reine Paola, aux 180 ans de la Belgique, à la princesse Astrid, au prince Laurent et à la princesse Claire.
 
 
 
Au terme des 20 ans de règne d'Albert II, beaucoup de choses ont déjà été écrites sur son enfance, sa vie de couple, sa famille, ses passions, son sens du contact, son humour. Aussi Vincent Leroy a choisi de s'intéresser uniquement à son rôle politique de 1993 à 2013, notamment à travers une analyse de ses discours, ses audiences, ses initiatives et ses contacts avec les responsables politiques.
 
Suite au décès du roi Baudouin en 1993, son frère cadet Albert, âgé de 59 ans, monte sur le trône à la surprise générale. Vingt ans plus tard, il abdique, pour raison de santé, au profit de son fils le prince Philippe. Quel bilan peut-on tirer de ses 20 ans de règne?
 
Contrairement à ses cinq prédécesseurs, Albert II a régné sur un Etat fédéral dont il a signé la nouvelle Constitution le 17 février 1994. La fédéralisation accrue de la Belgique a pour conséquence l'affaiblissement du pouvoir royal : en effet, des compétences glissent au fil des ans vers les régions et les communautés, sur lesquelles le souverain n'a aucune influence directe. Parallèlement, de plus en plus de décisions politiques se prennent à l'Union Européenne et à l'Otan.
 
Pas nostalgique (du moins publiquement) de la Belgique unitaire, Albert II s'est adapté à cette évolution et estimait que la priorité de sa tâche était désormais de veiller à la cohésion et l'unité du pays. C'est le sujet qui est revenu le plus souvent dans ses discours. Afin d'accroître le dialogue et la compréhension, il encourageait la maîtrise des langues étrangères et les initiatives pour faire découvrir la culture des autres communautés.
 
Le Roi ne s'est pas autant mêlé de politique que son frère, et a travaillé en parfaite harmonie avec les cinq premiers ministres de son règne. Il n'a jamais reçu aucun représentant de l'extrême-droite, et a condamné, à plusieurs reprises, le racisme et la xénophobie. Bien que croyant et pratiquant, il a relégué la religion au domaine privé, et a signé les lois sur l'euthanasie et le mariage homosexuel. Par ailleurs, il a poursuivi le combat du roi Baudouin contre la traite des êtres humains.
 
Mais à deux reprises, Albert II est entré dans l'arène politique et s'est imposé comme le "Père de la Nation" : lors de l'affaire Dutroux en 1996 et durant les crises politiques de 2007 à 2011. Lorsque la Belgique est restée un an et demi avec un gouvernement en affaires courantes, il a fait preuve de beaucoup de patience pour trouver des solutions. Son discours du 21 juillet 2011 a marqué les esprits par son irritation à l'égard de la crise politique.
 
En politique étrangère, Albert II est un Européen convaincu qui estime que le système fédéral belge peut être un exemple pour la construction européenne. Il accorde beaucoup d'importance à la place de Bruxelles comme capitale de l'Europe, à l'image de notre pays à l'étranger, et à nos anciennes colonies d'Afrique centrale.
 
Tout au long de ses 20 ans de règne, le Roi a pu compter sur le soutien de la reine Paola, qui a cependant toujours voulu rester à l'arrière-plan et ne pas être plus médiatique que son époux. Seule exception : lors de l'affaire Dutroux en 1996, elle a été associée à ses audiences et initiatives. Et c'est ensuite elle qui a poursuivi le combat sur le long terme pour la recherche des enfants disparus, et contre leur exploitation sexuelle et la pédopornographie sur Internet. Dans le domaine social, la Fondation Reine Paola a également apporté son aide aux jeunes en difficulté et aux enseignants. Vrai mécène, la Reine a fait rénover toutes les demeures royales et a introduit l'art contemporain au palais royal.
 
Une des réussites d'Albert fut de se réconcilier avec la branche d'Argenteuil. La page est désormais bien tournée sur les querelles d'autrefois, et les princesses Léa et Esméralda apparaissent aujourd'hui régulièrement aux côtés de la famille royale.
 
Par contre, alors qu'il a vanté la famille dans plusieurs discours et déclaré en 2013 que "la famille royale doit, en toutes circonstances, donner l'exemple", une majorité de Belges ne comprend pas pourquoi il a coupé tout contact avec sa fille illégitime Delphine Boël alors que cette paternité a été rendue publique. Ses relations avec ses fils les princes Philippe et Laurent n'ont pas toujours été bonnes non plus. Mais en décidant d'abdiquer, Albert II a donné une belle preuve de confiance à l'égard du prince héritier, impatient de monter sur le trône.
 
Durant les dernières années de son règne, le coût de la monarchie, son manque de transparence financière, les frasques du prince Laurent, les fondations privées créées par la reine Fabiola, les erreurs de communication du Palais ont suscité de nombreuses critiques, en particulier au nord du pays où la monarchie est moins populaire. La famille royale y est présentée par la NVA (premier parti de Flandre) comme francophone et alliée du PS d'Elio Di Rupo, un premier ministre soutenu très publiquement par Albert II.
 
Le roi Baudouin disait : "Mon frère, c'est du solide", et il avait raison. Tout en respectant l'ordre de la succession au trône, Albert II était la personne adéquate pour accompagner une Belgique devenue fédérale vers le XXIème siècle, et pour dépoussiérer une monarchie un peu terne et austère sous le règne précédent. Grâce à sa simplicité, sa bonhommie, son sens du contact et son humour, Albert II a touché le cœur des Belges et est devenu aussi populaire que son défunt frère. Il fut bien plus qu'un "roi de transition" et a réussi pleinement son règne.
 
Pour commander directement ce livre (10 euros + frais de port) : www.imprimages.be/catalogue/biographies/le-regne-d-albert-ii-detail

samedi 5 octobre 2013

"Le prince Baudouin, frère du Roi-Chevalier" par Damien Bilteryst

Bravo à Damien Bilteryst pour cette biographie intéressante, objective, bien documentée et agréable à lire! Son style ressemble aux ouvrages de Dominique Paoli.
 
Qui était le prince Baudouin? Né en 1869 à Bruxelles, il est le neveu du roi Léopold II. Ses parents sont le prince Philippe de Belgique et la princesse Marie de Hohenzollern, comte et comtesse de Flandre. Mais suite à la mort du fils du couple royal, Baudouin incarne l'avenir de la dynastie. Son prénom est un hommage aux illustres comtes de Flandre et de Hainaut du Moyen Age, dont le plus célèbre, Baudouin IX, fut empereur de Constantinople.
 
 
 
Le prince Baudouin grandit dans le foyer heureux des comtes de Flandre avec son frère Albert et ses sœurs Joséphine et Henriette. Ils habitent un palais de la rue de la Régence à Bruxelles, passent une partie de l'été au château des Amerois près de Bouillon, et séjournent fréquemment chez les princes de Hohenzollern avec qui Baudouin s'entend bien. A partir de 1876, le docteur en droit Jules Bosmans devient son gouverneur, mais ce choix ne plaît pas aux catholiques et à l'armée. Il a aussi désormais son propre valet de chambre, Jules Procureur. Une fois par semaine, la famille des comtes de Flandre fait l'effort de prendre un repas avec le couple royal, mais l'entente n'est guère au beau fixe.
 
En 1880, l'officier Oscar Terlinden rejoint Jules Bosman pour préparer son entrée à l'Ecole Royale Militaire en 1884. A 15 ans, c'est la première fois que le prince va côtoyer des personnes d'autres milieux que lui. Deux ans plus tard, il prête serment comme sous-lieutenant d'infanterie au régiment des grenadiers. Durant ses temps libres, il s'adonne à sa passion pour la chasse, la lecture, et les voyages en Suisse et en Italie.
 
Une composition du prince en 1886 révèle un peu ses idées politiques : "N'est-il pas naturel que ces pauvres gens qui souffrent certes beaucoup et qui voient le luxe effréné déployé par certains se laissent entraîner par les paroles des meneurs anarchistes? Ce ne sont pas les ouvriers qui sont mauvais : ils sont guidés par un petit nombre d'hommes coupables qui exploitent leur misère et leurs souffrances pour les exciter au pillage. La question sociale si importante si menaçante aujourd'hui mérite au moins d'être étudiée. Cependant, personne ne semble s'en occuper. Les luttes des partis catholiques et libéraux passionnent bien autrement l'opinion publique". En 1887, il se rend à Quaregnon où 113 mineurs sont morts suite à un coup de grisou.
 
Rare photographie du prince Baudouin en Hainaut : le 9 juillet 1890 pour une visite des usines à Couillet
© APR
 
La question du bilinguisme apparaît en Flandre et les quelques mots qu'il prononce en néerlandais à Bruges en 1887 le rendent populaire. L'énergique Léopold II déplore cependant le manque d'activités de son neveu et rappelle souvent que "Baudouin doit donner l'exemple à la jeunesse belge". En 1889, il se rend aux funérailles de l'archiduc Rodolphe à Vienne et à l'Exposition Universelle de Paris.
 
Sa cousine la princesse Clémentine est amoureuse de lui et a le soutien des souverains, mais Baudouin refuse et n'a pas envie de se marier pour l'instant. Le comte et la comtesse de Flandre ne sont pas non plus favorables à cette union.
 
Le grand mérite de cette biographie est de couper court à toutes les rumeurs qui circulent depuis des décennies sur sa mort : grâce au fil chronologique des événements et aux témoignages récoltés, tout coïncide pour affirmer avec certitude que le prince Baudouin est décédé en janvier 1891 d'une pleuropneumonie aigüe avec néphrite hémorragique et endocardite. Il est inhumé dans la crypte royale de Laeken. Suite à sa mort, c'est son frère cadet Albert qui devient le nouvel héritier de la dynastie et monte sur le trône en 1909.

Vincent Leroy
Président de Pro Belgica Hainaut

Merci à Damien Bilteryst pour avoir communiqué la photographie illustrant cet article. Retrouvez un entretien avec l'auteur sur Royalement Blog : ici

lundi 15 avril 2013

"Philippe, prince héritier" (Barend Leyts, Brigitte Balfoort et Mark Van den Wijngaert)

Après les nombreuses critiques dont il a fait l'objet ces dernières années, le prince héritier Philippe de Belgique a enfin droit en 2007 à une biographie sérieuse, bien documentée et objective, rédigée par trois auteurs flamands : l'historien Mark Van den Wijngaert, les journalistes Barend Leyts et Brigitte Balfoort. Ils ont bénéficié de l'aide de quatre anciens collaborateurs du Palais (Michel Didisheim, Guido Mertens, Marc Servotte et Gérard Jacques) et du président du Fonds Prince Philippe (Paul Buysse) qui ont, pour la première fois, accepté de parler du prince héritier.
 
 
 
Les premiers chapitres démontrent que le prince Philippe (né en 1960) a eu une formation plus structurée et plus complète que ses prédécesseurs, et qu'il a souffert de la longue crise conjugale entre ses parents. Le temps des précepteurs privés est terminé : Philippe effectue ses études primaires et ses trois premières années secondaires en français au collège Saint-Michel d'Etterbeek, puis ses trois dernières années d'humanité gréco-latines en néerlandais à l'abbaye de Zevenkerken à Loppem. C'est là qu'il rencontre son premier grand amour, Barbara Maselis, une jeune Flamande originaire de Roulers et de deux ans sa cadette.
 
C'est le roi Baudouin qui choisit la suite de la formation du très docile Philippe : École Royale Militaire de 1978 à 1981, puis passage par la force aérienne et la force terrestre dans le régiment paracommando. Après quelques mois à l'Université d'Oxford, le prince poursuit ses études à l'Université de Stanford en Californie. En 1985, il y obtient le diplôme de Master of Arts en sciences politiques et devient le premier membre de la dynastie à détenir un diplôme universitaire. De son propre aveu, ces deux années incognito de l'autre côté de l'Atlantique constituent l'expérience la plus déterminante de sa jeunesse.
 
De retour en Belgique, le prince Philippe a une existence austère entre son appartement du palais royal de Bruxelles, ses visites de travail à travers le pays et ses week-ends avec le roi Baudouin, qui a une grande influence sur son neveu. Philippe travaille plusieurs semaines dans un camp de réfugiés en Ethiopie et va soutenir les Diables Rouges lors de la Coupe du Monde au Mexique en 1986. Malgré sa présence répétée aux côtés des souverains et la création de sa propre Maison (avec personnel et dotation), le prince est de plus en plus l'objet de critiques au début des années 90 : on lui reproche sa timidité et ses maladresses en public, on se moque de sa conversation peu intéressante avec l'astronaute Dirk Frimout, on doute de ses capacités intellectuelles ("Il n'en est pas capable", selon l'ancien Grand Maréchal de la Cour Herman Liebaers qui avait été remercié par le roi Baudouin) et on parle de plus en plus de la charmante princesse Astrid, qui entre désormais dans l'ordre de succession au trône suite à l'abolition de la loi salique en 1991.
 
En 1993, le roi Baudouin décède, mais à la surprise générale, ce n'est pas son neveu qui lui succède mais son frère. D'après les auteurs de ce livre, le gouvernement fédéral souhaitait l'accession au trône d'Albert II et la reine Fabiola aurait dit à Motril au premier ministre Jean-Luc Dehaene : "C'est exactement ce que le roi Baudouin aurait voulu". Mais, selon les trois auteurs, "Philippe est déçu car, malgré tout, il avait espéré que son père lui céderait la place". Le prince est titré duc de Brabant, devient sénateur de droit et président d'honneur de l'Office Belge du Commerce Extérieur, et crée en 1998 le Fonds Prince Philippe, destiné à organiser des échanges linguistiques entre les trois communautés de notre pays.
 
Ses fiançailles et son mariage avec Mathilde d'Udekem d'Acoz en 1999 suscitent l'enthousiasme. C'est une vraie Belge : sa famille est originaire de Poperinge en Flandre occidentale, ses deux oncles font de la politique au sein du CVP, elle a grandi près de Bastogne dans les Ardennes, elle a fait ses études et travaillé comme logopède en région bruxelloise. Les auteurs parlent de Mathilde comme une "perle rare" : "Être princesse demande surtout une intelligence sociale ; et ce don-là, Mathilde le possède. Elle ne doit faire aucun effort pour se présenter dès le premier jour avec professionnalisme. Elle ne souffre pas des mêmes problèmes d'adaptation qu'ont connus nombre de ses collègues (...) Quant à Mathilde, elle ne semble jamais stressée, au contraire. Elle évolue en public avec un naturel surprenant. A faire pâlir la famille royale. Il n'y a pas à dire, son sens social est nettement plus développé que celui de Philippe. Elle parvient souvent, en fine psychologue, à le tirer d'un mauvais pas. C'est comme si elle se tenait tapie dans l'ombre pour pousser son époux en avant" (p.127-128)
 
Le couple a quatre enfants (la princesse Elisabeth, le prince Gabriel, le prince Emmanuel et la princesse Eléonore) qui effectuent leurs maternelles et primaires en néerlandais. Philippe accorde beaucoup d'importance à l'éducation de ses enfants dont il semble très proche. Leur vie privée ne donne lieu à aucun scandale.
 
Les auteurs reviennent avec objectivité sur les polémiques autour du prince héritier depuis 2002 : l'attribution du diplôme de docteur honoris causa de la KUL, les propos contre le Vlaams Belang, la signature d'une liste de revendications de la F.E.B., les réprimandes du premier ministre Guy Verhofstadt, les critiques contre la mission économique en Afrique du Sud et l'altercation avec deux journalistes flamands au palais royal. Ils expliquent ensuite comment le prince et ses collaborateurs ont réagi à ces reproches et comment ils ont réussi à donner un nouvel élan aux missions économiques à l'étranger. Les auteurs conseillent à Philippe de rencontrer régulièrement de façon informelle le monde politique qui ne le connaît qu'à travers les échos (pas souvent positifs) de la presse.
 
Le dernier chapitre évoque l'évolution de la monarchie depuis l'indépendance de 1830 : la fédéralisation de notre pays et la prise de décisions communes par l'Otan et l'UE ont diminué le pouvoir royal au fil des décennies. Le roi des Belges a donc de plus en plus un rôle de représentation. Au terme d'un long et sérieux travail d'investigation, sans jamais prendre parti pour ou contre Philippe, Barend Leyts, Brigitte Balfoort et Mark Van den Wijngaert ont dressé un portrait intéressant, équilibré et humain du prince héritier.
 
Je n'ai retrouvé que deux petites erreurs aux page 13 et 22 : la reine Marie-Henriette n'est pas la fille de l'empereur d'Autriche mais sa nièce et la grande-duchesse Joséphine-Charlotte n'est pas née au château du Stuyvenbergh, mais à l'hôtel Bellevue à Bruxelles. Le nombre élevé de témoignages anonymes et l'absence de bibliographie est regrettable.

Vincent Leroy
Président de Pro Belgica Hainaut

mercredi 27 février 2013

"Good morning Belgium : réflexions pour un fédéralisme revigoré"

"Good morning Belgium" a été co-écrit par neuf observateurs (tant du nord que du sud) de l'évolution institutionnelle belge qu'ils nous expliquent dans ce livre en faveur d'un Etat fédéral revigoré (ni unitaire, ni confédéral).


La scission de la Belgique est-elle possible sur le plan juridique? Cette question avait déjà été abordée en 2008 par le ministre d'Etat Herman De Croo dans son livre bilingue "Que la Belgique crève? Questions aux séparatistes". Son point de vue est rejoint par le professeur Vincent Laborderie qui estime que la scission est aussi irréaliste qu'un retour à la Belgique unitaire. Il rejette l'exemple de la séparation pacifique de la Tchécoslovaquie car les Tchèques et les Slovaques n'avaient pas de capitale commune. Outre Bruxelles, comment partager la dette publique et les communes à facilités? Par ailleurs, selon le droit international, un nouvel Etat ne fait plus partie d'aucune organisation internationale (Otan, UE, ONU, p.ex.). Ainsi, quatre ans après la déclaration d'indépendance du Kosovo, seuls 89 Etats ont reconnu le pays, ce qui empêche son entrée à l'ONU. Et comme cinq Etats de l'UE ne veulent pas le reconnaître, cela lui ferme aussi les portes de l'UE. Il faut tenir compte également du Royaume-Uni et de l'Espagne qui ne veulent pas montrer à la Catalogne ou l'Ecosse que leur éventuelle indépendance serait facile... Et les instances internationales accepteraient-elles l'indépendance de la Flandre sans référendum ou consultation populaire?

Les mythes du mouvement flamand : Les historiens Roel Jacobs et Paul Vaute reviennent sur les mythes du mouvement flamand, comme la bataille des Eperons d'Or en 1302. Les transferts financiers actuels nord-sud sont bien réels, mais une partie d'entre eux revient aux entreprises flamandes dont les principaux clients se trouvent au sud du pays... Et une Flandre indépendante et riche devrait aider les pays les plus pauvres de l'UE, comme la Roumanie et la Bulgarie. Paul Vaute fait aussi remarquer : "Le mouvement flamand, né très précocement en réaction contre la francisation de la justice, de l'administration, de l'armée...n'a pas été contrarié mais au contraire favorisé par l'Etat belge, soucieux de nous différencier de la France et de répondre ainsi à des ambitions annexionnistes récurrentes. La biculturalité offre l'avantage de définir d'emblée une identité belge distincte de celle de notre voisin du sud. C'est ainsi qu'Henri Conscience, soutenu dès le début par Léopold Ier, reçut un poste aux Archives provinciales, ce qui lui permit de disposer d'un revenu tout en se consacrant à l'écriture de ses livres. Tant Conscience que les autres éveilleurs du sentiment flamand étaient d'ailleurs, à cette époque, profondément patriotes belges".

Fédéralisme ou confédéralisme? Membres de l'asbl BPlus, Luc Ryckaert, Luc Van Coppenolle et Gilles Vanden Burre expliquent les différences entre ces deux termes, tandis que le professeur Philippe Van Parijs (KUL) détaille les différentes possibilités pour Bruxelles. Une confédération n'est pas un Etat, mais une alliance entre plusieurs Etats indépendants qui décident de gérer ensemble certaines compétences (la défense, les affaires étrangères, p.ex.). Une confédération n'a pas de parlement propre et la prise de décision confédérale nécessite l'unanimité. Comme chaque Etat-partie a un droit de veto et peut, à tout moment, se retirer de la confédération, ce concept est fragile. Dans le monde, les Etats-Unis d'Amérique et la Suisse ont évolué d'un Etat confédéral vers un Etat fédéral, et les confédérations Sénégal-Gambie (de 1982 à 1989) et Serbie-Montenegro (de 2003 à 2006) n'ont pas duré longtemps. Aussi, le confédéralisme, est-ce bien une solution d'avenir pour la Belgique?

Circonscription électorale nationale : Le politologue Dave Sinardet nous explique l'intérêt d'une circonscription électorale nationale et nous retrace l'historique de ce projet lancé....à la fin des années 70 par le premier ministre Leo Tindemans pour la première élection directe des parlementaires européens, mais les autres partis ne l'ont pas soutenu. Depuis plusieurs années, elle est défendue dans la presse par le groupe bilingue d'universitaires Pavia.

Conclusion : Je partage cette réflexion du professeur Vincent Laborderie : "En Belgique, comme ailleurs, ce n'est pas la réalité qui fait la perception, mais la perception qui façonne la réalité politique. Tous les événements, même les plus anodins, sont interprétés comme symboliques et hautement significatifs d'un approfondissement du fameux fossé entre Flamands et francophones. On peut craindre que les acteurs politiques, ayant intégré cette idée, ne cherchent plus à imaginer des solutions alternatives à la décomposition lente ou rapide du pays. Certains politiques et commentateurs donnent ainsi l'impression d'avoir intériorisé le discours de la NVA selon lequel il n'y a rien à faire, sinon à constater (et justifier) l'évolution-dégradation de la Belgique".

Mon seul reproche est le manque d'un chapitre sur le rôle que peuvent jouer les citoyens contre cette perception de la Belgique, notamment à travers les réseaux sociaux ou/et en s'intéressant à l'autre communauté (ce qu'avait expliqué Gilles Vanden Burre en 2010 dans son livre "Oui, une autre Belgique est possible").

Vincent Leroy
Président de Pro Belgica Hainaut

lundi 7 janvier 2013

"Les 75 ans de la reine Paola" par Vincent Leroy

Vincent Leroy, un passionné de l'histoire contemporaine, a sorti son dernier ouvrage qui traite de la reine Paola. Il avait déjà écrit une biographie de la souveraine en 2008, mais il s'agit ici d'une version revue, corrigée et actualisée suite aux 75 ans que notre Reine a célébré le 11 septembre dernier. Voici une critique de l'ouvrage qui vous permettra de vous faire une idée :

Par Luc Beyer de Ryke pour "La Semaine d'Anvers" :



vendredi 7 décembre 2012

"50 dates-clés de l'histoire de Belgique" (Alain Destexhe)



Le sénateur Alain Destexhe est parti d'un constat : les Belges (y compris les responsables politiques) ne connaissent pas beaucoup l'histoire de notre pays et celle-ci est parfois "arrangée" à des fins communautaires. Il met d'ailleurs les choses au point dès l'introduction :


"Les Belges ont, en grande partie du moins, une vieille histoire commune qui remonte au XVème siècle et aux ducs de Bourgogne. L'appartenance linguistique ou communautaire n'y a longtemps joué aucun rôle. Comme le souligne Jean Stengers, les peuples flamands et wallons sont des sous-produits de la Belgique. Il y a bien eu des Belges qui se sont sentis comme tels bien avant 1830. Le mouvement flamand ne naît qu'après la révolution et il reste pendant longtemps, au moins jusqu'à la première guerre mondiale, profondément belge et patriotique. Les termes "Flamands" et "Flandre" ne s'imposent peu à peu qu'à partir de la seconde moitié du XIXème siècle pour désigner une entité plus large que l'historique comté de Flandre. Loin d'être un Etat formé de toute pièce par les puissances européennes en 1830, la Belgique est le résultat d'une révolution dont les conséquences ont été imposées à ces mêmes puissances. Aux yeux des Belges nouvellement indépendants, l'Etat artificiel, c'était le royaume des Pays-Bas réunifiés de Guillaume d'Orange qui n'était rien d'autre qu'une reconstruction d'une union alors disparue depuis plus de 200 ans".

L'auteur commence par nous raconter l'époque préhistorique, l'invasion romaine (Jules César : "De tous les peuples de la Gaule, les Belges sont les plus braves"), les mérovingiens (Clovis est proclamé roi des Francs à Tournai) et l'essor des villes.

Furieux de l'alliance de son vassal le comte de Flandre avec l'Angleterre, Philippe le Bel (roi de France) l'emprisonne et occupe le comté. Soutenus par des troupes namuroises, les bourgeois et artisans remportent la victoire le 11 juillet 1302 contre les chevaliers français. A cette époque, le terme "Flamand" désigne les habitants du comté de Flandre, qu'ils parlent français ou la langue locale. L'unification de notre pays a lieu au XVème siècle : les principautés, duchés et comtés se regroupent progressivement au sein d'un même Etat sous l'impulsion des ducs de Bourgogne.

Au XVIème siècle, nos provinces intègrent le grand empire de Charles-Quint (né à Gand en 1500) qui nomme sa tante Marguerite d'Autriche, puis sa soeur Marie de Hongrie gouvernantes des Pays-Bas. Les choses se passent moins bien sous le règne de Philippe II avec la répression de son gouverneur le duc d'Albe. Le traité d'Utrecht en 1713 nous attribue aux Habsbourg d'Autriche. Capitale des Pays-Bas autrichiens, Bruxelles profite de la construction de la place Royale, de l'église Saint-Jacques sur Coudenberg, du palais de Charles de Lorraine, de la place des Martyrs, etc. C'est lors de la révolution brabançonne de 1789 en opposition à la politique de Joseph II que le noir, le jaune et le rouge sont affichés pour la première fois et qu'on proclame les très brefs Etats-Belgiques-Unis. De 1794 à 1815, les provinces belges et la principauté de Liège sont annexées par la France qui transforme radicalement nos institutions. Suite à la bataille de Waterloo, la Belgique est offerte au roi Guillaume d'Orange qui crée la Société Générale, les universités de Gand et Liège. Mais le mécontentement monte chez les Belges.

Suite à la révolution belge de septembre 1830, les Hollandais quittent notre pays et la Belgique devient indépendante. Alain Destexhe souligne : "Contrairement à une idée reçue, ce ne sont pas les grandes puissances qui ont désiré la formation d'un nouvel Etat, mais ce sont les Belges, indépendants depuis peu, qui ont incité les puissances à admettre cet état de fait". Notre nouvelle constitution est l'une des plus modernes de l'époque. Léopold Ier, le premier roi des Belges, prête serment le 21 juillet 1831.

Au fil de ce livre très agréable à lire et très facile à consulter ultérieurement, l'auteur revient sur le développement industriel et la question ouvrière au XIXème siècle (la Belgique est la 2ème puissance industrielle mondiale entre 1810 et 1880!), la colonisation du Congo, les deux guerres mondiales, la Question Royale, le pacte scolaire, l'Exposition Universelle de Bruxelles en 1958 (45 millions de visiteurs), l'immigration italienne et marocaine, la fédéralisation du pays, la marche blanche de 1996, etc. Alain Destexhe termine par l'historique des symboles nationaux (drapeau, lion, devise, monnaie, hymne et fête nationale). Cet ouvrage de 170 pages devrait être lu par tous les étudiants de secondaire et se trouver dans toutes les bibliothèques. J'espère aussi qu'il sera un jour traduit en néerlandais.

Vincent Leroy
Président de Pro Belgica Hainaut

mercredi 31 octobre 2012

« La vie est courte. Tentez l’aventure » ou dure semaine pour Albert II

Cette semaine, Frédéric Deborsu (journaliste à la RTBF) sortait un livre sur la famille royale, Question(s) Royale(s). De ce que j’ai pu en lire dans la presse, ce serait un amalgame de différentes rumeurs et de ragots circulant autour de la famille royale depuis quelques années. Citons pêle-mêle, les aventures de la Reine Paola, l’homosexualité du prince Philippe, sa frustration face à son rôle, l’abdication d’Albert II et autre soif de l’argent de notre famille royale…

Le livre va même plus loin, il inclue(rait) une interview exclusive que le Roi aurait donnée en 1994. Cette partie du bouquin a vite fait pshit comme un soufflé au fromage raté. Ce serait en fait quelques déclarations en off the record. Il n’y a par conséquent aucune interview (en Belgique, le roi n’en donne pas de toute façon) en tant que telle et la véracité des faits est assez douteuse et difficilement vérifiable.



Deborsu épargnerait relativement le prince Laurent et s’attaquerait davantage à Philippe. Ceci n’est pas trop étonnant au vu de l’émission Questions à la Une durant laquelle il en prenait pour son grade. Selon Deborsu, si les Ducs de Brabant se sont mariés, s’est sous la pression de leur famille. Il va jusqu’à parler de mariage forcé. Il ajouterait aussi que si la princesse Élisabeth est née à l’hôpital Erasme, c’est parce que c’est un hôpital spécialiste de la fécondation in-vitro. J’ai envie de dire, et encore bien même la petite princesse serait un bébé éprouvette, en quoi cela regarde t’il les gens ? C’est une question de vie privée et rien d’autre.

L’auteur parle de l’homosexualité présumée de Philippe, pardon excusez-moi, il parle de la relation hors-norme que le prince avait avec Thomas d’Ansembourg. C’est là que le bât blesse, il ne parle pas clairement d’homosexualité et les gens peuvent s’imaginer ce qu’ils veulent. Il parle de ça comme si c’était un crime d’être gay… Et encore une fois, c’est sa vie privée, ça ne nous regarde pas. S’il s’avère que c’est vrai, nous devrions nous réjouir d’avoir un futur monarque qui fait passer son devoir (assurer la pérennité de la dynastie) à son bonheur.

La méthodologie employée pour l’écriture de ce livre laisse pantois. Le journaliste a amassé diverses rumeurs et dit les avoir prouvées à chaque fois par 3 à 5 témoignages. C’est là le problème, aucun fait scientifique, que des témoignages… Et comme le secret des sources est garanti par la Déclaration Universelle des droits de l’Homme (article 19), par la Constitution belge (article 25) et par la Charte de Munich (7e Devoir et 3e Droit), on ne saura sans doute jamais qui étaient ces « gorges profondes ». Si ça se trouve, Deborsu ne s’est basé que sur le témoignage de 3 à 5 personnes.

Je n’ai pas (encore) lu ce livre et je ne sais pas encore si je dépenserai près de 20€ pour le faire. Sudpresse s’est procuré un exemplaire de l’ouvrage et a publié un article ce lundi dans lequel il le résumait. L’éditeur a porté plainte contre X pour violation de l’embargo (le livre sortant officiellement mercredi). Mais en y regardant de plus près, c’est tout bénéfice pour lui, on n’a parlé que de cette sortie cette semaine… et d’après les premières ventes, ce pourrait être un bestseller. Alors, je me demande si cette fuite n’est pas un gros coup de comm’ savamment orchestré.

La réaction du Palais n’a pas tardé, il a précisé que si ce qui était dit dans la presse se retrouvait bien dans le bouquin, il contiendrait un certain nombre de données erronées et injurieuses. Le prince Philippe a aussi réagit sereinement en affirmant que le jour où il a fait sa demande en mariage à Mathilde était le plus heureux de sa vie et que ce mariage leur avait donné quatre enfants qu’ils entouraient de leur amour.

La RTBF, l’employeur de Frédéric Deborsu n’a pas tardé à réagir, en se désolidarisant de l’auteur et en affirmant que la sortie du livre serait traitée comme n’importe quel élément d’actualité. Pour rasséréner tout le monde (et sans doute pour garder de bonne relations avec le Palais), Deborsu est mis au placard pour un mois au département de la documentation de la chaîne publique.

Cette semaine n’a pas seulement été marquée par la sortie de Question(s) Royale(s). En effet, Ashley Madison (un site prônant les relations extra-conjugales) a lancé une campagne de pub mettant en scène le roi Albert II, le prince Charles et Bill Clinton. Sur ces affiches s’étale une phrase « Quel est leur point commun ? », la réponse se situe en dessous des photos… « Ils auraient du penser à Ashley Madison ». Je trouve scandaleux d’utiliser l’image d’une personne sans son consentement, qu’il soit roi ou simple quidam. D’autant plus qu’ici c’est juste dans un but commercial.

J’ai déjà marqué mon attachement au système monarchique dans un autre article de ce blog. Je pense qu’il est sain de parler de la monarchie, de son utilité, son coût… Mais pas n’importe comment. Je suis à 200% pour la liberté de la presse et tout ce que cela implique (le secret des sources entre autre), mais cela n’excuse pas tout. Cette histoire me fait penser à la fameuse affaire des ballets roses… La sortie de ce bouquin soulève une question, à qui profite le crime ? Ne serait-ce pas du pain béni pour les nationalistes flamands ?

Article de Sylvain Dougniaux
Membre de Pro Belgica Hainaut

dimanche 29 juillet 2012

"Comment peut-on être belge?" (Charles Bricman)

Dès le premier chapitre, le journaliste Charles Bricman explique : "La Belgique est une éponge. Elle absorbe les fluides qui viennent de partout à l'entour et les restitue imprégnés de saveurs et de fragrances nouvelles, parfois détonantes. Ou insipides. Mais forcément métisses. Nous sommes ce qu'on appelle ici des zinnekes pour désigner ces chiens des rues à l'ascendance improbable. Nous avons bien du mal à dire ce que nous sommes et plus encore à l'expliquer à nos voisins. Sauf à leur indiquer que nous ne sommes pas hollandais, ni allemands, ni luxembourgeois, ni français, mais quand même un peu de tout çà et d'autres choses encore, à des degrés très variables selon les individus. Un concentré d'Europe mijoté à l'étuvée".

Destiné au grand public, cet essai nous explique la révolution de 1830, les problèmes communautaires, les différences économiques, la fédéralisation du pays, l'arrondissement de Bruxelles-Hal-Vilvorde, etc.

J'ai trouvé son chapitre "Pauvre Wallonie" particulièrement objectif et nuancé. Après avoir évoqué l'âge d'or de l'économie wallonne et les 500.000 Flamands qui y sont venus trouver du travail jusqu'en 1960, Charles Bricman parle de son déclin. Les responsables? Les capitaines d'industrie (qui l'ont délaissée et sacrifiée par rentabilité), les grands travaux d'infrastructure routière, portuaire et ferroviaire lancés par l'Etat belge (qui ont bien contribué à l'industrialisation de la Flandre) et les responsables politiques wallons (qui ont d'abord voulu sauver les emplois des vieilles industries au lieu de tenter de les reconvertir).

Il va à contre-courant du discours actuel : "Le gouvernement régional wallon investit dans la technologie, crée des pôles de compétitivité. C'est bien. Les décideurs politiques s'emploient à convaincre qu'ils se sont convertis à l'optimisme de la volonté, qu'ils ont enfin compris qu'on ne sauvera pas les vieilles industries, qu'on n'arrêtera pas le temps avec des aides publiques, qu'il faut changer de cap. Ils ont raison, bien sûr. Mais çà prendra encore du temps, beaucoup de temps perdu pour les générations sacrifiées".

Charles Bricman ne croit pas à la scission du pays car la Flandre n'a pas envie de perdre Bruxelles et le label "Belgique" d'une part, et de nombreux problèmes seraient difficiles à régler, comme le partage de la dette publique d'autre part ("Une séparation n'aiderait en rien à résoudre les questions pendantes mais en ajouterait au contraire de nouvelles").

Sa solution? Changer de méthode et se demander quelles compétences et quel financement on veut attribuer à l'Etat belge (et non l'inverse en négociant sur ce qu'on veut lui enlever et confier aux régions). Mon seul reproche est que cette solution concerne uniquement le monde politique, et non les citoyens belges qui ont pourtant aussi un rôle à jouer, comme l'avait très bien expliqué Gilles Vanden Burre dans son livre "Oui, une autre Belgique est possible". L'auteur n'évoque pas non plus le projet de création d'une circonscription électorale nationale.

Vincent Leroy
Président de Pro Belgica Hainaut

vendredi 22 juin 2012

Prix littéraire Prince Alexandre de Belgique 2012



1. Présentation du prix

S.A.R. la princesse Léa de Belgique a souhaité rendre hommage à son mari le prince Alexandre en créant annuellement un Prix littéraire, qui sera remis chaque année le 29 novembre, date anniversaire de son décès.

S.A.R. le prince Alexandre était un passionné de lecture, de tous les genres mais spécialement des livres à caractères historique et scientifique.

Ce Prix littéraire est organisé par le Fonds d'Entraide Prince et Princesse Alexandre de Belgique, qui confie au Musée des lettres et manuscrits de Bruxelles et à la maison d'édition Avant-Propos l'organisation pratique de ce prix.

En 2012, il se décline sous le genre : essai historique ou philosophique relatif à l'histoire ou au patrimoine de Belgique. Chaque année, le genre et les thèmes du prix pourront être modifiés.

Deux prix seront remis. L'un à un essai écrit en français et le second à un essai en néerlandais.

Cette année, le prix a pour objectif de :

Favoriser et encourager la création et l'expression littéraires
Distinguer des oeuvres originales
Faire partager la connaissance de l'histoire ou du patrimoine de la Belgique

2. Conditions de participation

Le candidat sera un écrivain de nationalité belge, rédigeant en français ou en néerlandais, selon sa langue maternelle.

Il/elle sera l'auteur d'un texte inédit d'une longueur de minimum 200 000 caractères espaces compris et maximum 250 000.

Le thème sera en lien avec un des aspects de l'histoire de Belgique (culture, histoire, etc.) et se destinera à un large public.

La participation à ce prix littéraire est gratuite.

3. Calendrier

Clôture de réception des manuscrits (cachet de la poste faisant foi) : 31 août 2012.
Proclamation des résultats : 29 novembre 2012

4. Fonctionnement

Le jury réserve le droit de ne pas attribuer de prix s'il ne trouve pas d'ouvrage de qualité suffisante.

Le gagnant du prix ne pourra plus participer à une édition ultérieure.
Les membres du jury et leurs familles ne peuvent participer au prix.
Les auteurs pourront venir rechercher leurs manuscrits à la même adresse après que le prix a été décerné.

Les essais sélectionnés par les membres du comité de lecture seront affichés sur le site du Musée des lettres et manuscrits et des éditions Avant-Propos.
Le Fonds d'Entraide Prince et Prince Alexandre de Belgique décline toute responsabilité en cas de perte de manuscrit lors de son expédition en vue de la participation au concours.

Le Musée des lettres et manuscrits permettra aux candidats de consulter ses fonds s'ils le souhaitent. Cette demande se fera par écrit au Conservateur du Musée, Jean-Christophe Hubert.

5. Composition du jury

Comité de lecture :

Membres du jury pour les essais en français

Jacques Bredael, journaliste
Professeur de Duve
Hervé Gérard, éditeur, écrivain, Président de la Foire du Livre de Bruxelles
Jean-Christophe Hubert, conservateur du Musée des lettres et manuscrits de Bruxelles
Gérard Lhéritier, Président du Musée des lettres et manuscrits de Paris et Bruxelles
Patrick Weber, écrivain et journaliste

Membres du jury pour les essais en néerlandais

Stéphanie Becco, historienne, Musée des lettres et manuscrits de Bruxelles
Mark Eyskens, ministre d'Etat, écrivain
Frieda Joris, journaliste
Céline Préaux, historienne

6. Modalités d'inscription

Envoi par courrier du manuscrit en 4 exemplaires (+ 1 exemplaire en support informatique), dactylographié et photocopié sur un seul côté de la page blanche (document Word, Times News Roman, taille 12, interligne 1.5. avec numérotation des pages, feuilles reliées (agrafes, spirales, etc.).

Le manuscrit sera accompagné d'une photocopie de la carte d'identité, de l'adresse exacte de l'auteur, de son adresse de courriel ainsi que de son numéro de téléphone.

L'oeuvre doit posséder un titre.

Par le fait même de concourir, le candidat autorise la publication de son oeuvre.
L'utilisation d'un pseudonyme est admise sous réserve que l'identité soit précisée sur le formulaire de candidature. L'auteur ne peut pas joindre de photos ou dessins à son manuscrit.

Pour tout renseignement, contacter uniquement par mail :

- François-Xavier Remion : fx@actionetcommunication.be
- Avant-Propos : info@avantpropos.eu
- Musée des lettres et manuscrits de Bruxelles : info@mlmb.be

Sites internet :

Adresse d'envoi des manuscrits :

Avant Propos - Avenue de Diane, 5 à 1410 Waterloo

Les manuscrits ne répondant pas aux règles ci-dessus seront rejetés.

7. Règlement

Les manuscrits seront tous lus et feront l'objet d'une sélection par les membres du jury.
Les décisions du jury sont sans appel.
En cas de constat de plagiat d'oeuvres ou de parties d'oeuvres existantes, les participants seront éliminés du concours. Les candidats subissent seuls les conséquences juridiques des actes de plagiat ou similaires dont ils sont éventuellement responsables en cas de publication de leurs textes.
En cas de force majeure, les organisateurs se réservent la possibilité de modifier les modalités du concours.
La participation au prix littéraire implique l'entière acceptation du règlement et des décisions du jury. La signature des bulletins d'inscription par les candidats vaut déclaration de leur part que seuls des textes originaux sont remis au Jury du concours et qu'ils en autorisent la publication.
Dans le cas où le titre de l'oeuvre gagnante ne serait pas vendeur, l'éditeur Avant-Propos se réserve le droit de modifier celui-ci en accord avec l'auteur. Le jury se réserve le droit de corriger des erreurs orthographiques et termes impropres dans le respect de l'oeuvre.

8. Proclamation des résultats

Les résultats seront proclamés le  29 novembre 2012 au cours d'une conférence de presse en présence de la princesse Alexandre de Belgique et des membres du jury. Le lauréat qui n'est pas présent peut se faire représenter par un tiers. En cas d'absence, il sera informé par courrier.

9. Prix

Les lauréats recevront 2.000 € ainsi que la possibilité d'être publié.

Le manuscrit gagnant fera l'objet d'une proposition d'un contrat d'édition (publication et distribution) avec les éditions Avant-Propos selon les règles habituelles qui régissent les droits d'auteur.

vendredi 30 mars 2012

"Louis de Potter, révolutionnaire belge en 1830" (Nicolas de Potter et René Dalemans)

Louis de Potter est né en 1786 au château de Lophem construit par son père. Après être parti en Italie pour parfaire son éducation et devenir un historien autodidacte, il publie en 1816 "Considérations philosophiques sur l'histoire des conciles depuis les apôtres jusqu'au grand schisme d'Occident" (en six volumes), ce qui lui vaut d'être reçu par le roi Guillaume d'Orange qui régnait à l'époque sur l'actuel Benelux. Il décide ensuite de s'installer avec sa mère à Bruxelles pour poursuivre sa carrière de journaliste-écrivain contestataire, et refuse de lever ses titres de noblesse. Il épouse Sophie van Weydeveldt, fille d'un tapissier. Un an plus tard, parallèlement à ses articles dans "Le Courrier des Pays-Bas", Louis, toujours plus anticlérical, écrit "Lettre de Saint-Pie V".

En 1828, un article critique contre le concordat entre les Pays-Bas et le Vatican, lui vaut d'être emprisonné, accusé de complot contre l'Etat et d'excitation à la révolte. Mais ses écrits parviennent à quitter la prison, et il devient le chef de file de l'opposition au régime hollandais. Il prône l'union des catholiques et des libéraux, et défend la liberté de l'enseignement, de la presse et de l'emploi des langues. Il demande à sa mère d'accueillir des réunions de contestataires chez elle à la place Saint-Michel (actuelle place des Martyrs).

Le 16 avril 1830, Louis de Potter et d'autres opposants comparaissent à la Cour d'Assises pour complot visant à renverser le gouvernement. Il est condamné à l'exil hors du royaume. Un journal français explique le procès à ses lecteurs : "Ce ne sont pas seulement des intérêts individuels qui sont en jeu, c'est une population en présence d'une autre, c'est la Belgique en jugement devant la Hollande. Ces deux peuples, divisés par la langue, la religion, les moeurs, les intérêts, n'ont qu'un lien en commun : celui du gouvernement".

Le 25 août, le Théâtre Royal de la Monnaie propose l'opéra "La Muette de Portici" qui raconte la révolte des Napolitains contre le vice-roi espagnol. Lorsque le ténor entonne "Amour sacré de la patrie, rends-nous l'audace et la fierté", les spectateurs quittent le théâtre, sont rejoints par d'autres personnes et saccagent des maisons liées au régime hollandais. Les jours suivants, l'émeute se déplace vers les faubourgs de Bruxelles. C'est le début de la révolution belge. Louis de Potter (44 ans) en profite pour faire un retour triomphal en Belgique fin septembre, et rejoindre le gouvernement provisoire. L'indépendance de la Belgique est prononcée le 4 octobre.

C'est Louis de Potter qui prononce le discours d'ouverture du Congrès National le 10 novembre, mais conscient que ses préférences pour la république, le suffrage universel et une réforme de l'impôt plus équitable n'obtiendront pas le soutien de ses membres issus de la noblesse et de la bourgeoisie, il quitte la politique.

 Louis renoue avec l'écriture et sort, en 1836, "Histoire philosophique, politique et critique du christianisme et des églises chrétiennes depuis Jésus jusqu'au XIXème siècle" (en huit volumes), dans lequel il écrit : "Par le christianisme que je combats, il faut toujours entendre le christianisme hiérarchiquement organisé. Jésus et ses principes d'égalité sociale, de fraternité universelle sont pour moi la manifestation de l'homme moral au degré le plus sublime". Il écrit encore d'autres ouvrages et meurt en 1859.

 Que reste-t-il aujourd'hui de Louis de Potter? Sa présence sur le tableau représentant le gouvernement provisoire, sa tombe au cimetière de Saint-Josse, un buste au Parlement, une rue à Schaerbeek, mais il y a aussi désormais cette biographie objective, bien documentée et agréable à lire sur cet homme libre et méconnu qui a joué un rôle important dans les événements de 1830. Il démontre aussi que la Belgique n'est pas un Etat artificiel créé par les grandes puissances (comme le prétendent les séparatistes et rattachistes), mais le fruit de la lutte d'hommes comme Louis de Potter pour son indépendance à l'égard du régime hollandais.

Vincent Leroy,
Membre de Pro Belgica Hainaut

lundi 9 janvier 2012

"Flandre - Wallonie : quelle solidarité?" (Michel Quévit)

Michel Quévit a enquêté sur les transferts financiers nord-sud si souvent dénoncés par les nationalistes flamands. En effet, depuis 1965, la région wallonne contribue moins aux recettes de l'Etat belge qu'elle ne reçoit. Cette situation résulte du déclin industriel de la sidérurgie et du charbon. Ces transferts existent aussi dans d'autres pays touchés par le même problème : Madrid et la Catalogne vers l'Extrémadure et la Galice (Espagne) ; l'Ile de France vers le Nord-Pas de Calais et le Limousin (France).

Pendant plus d'un siècle, la sidérurgie wallonne a été un atout pour tout le pays, car jusqu'à la mise en exploitation des charbonnages de Campine en 1926, la Wallonie était la seule à disposer de charbon en Belgique. Pour exporter ce charbon, elle aurait pu tirer profit de sa proximité avec des ports étrangers (Dunkerque pour le Hainaut et Rotterdam pour Liège) mais elle est restée solidaire des projets portuaires de l'Etat belge : Anvers et Zeebrugge.

Plus de 2.000 km de voies navigables (canal Albert, canal de Willebroeck, canal de la Campine, p.ex.) ont été créées à partir d'Anvers vers la Wallonie, la France et l'Allemagne. Dans son étude sur l'histoire économique de la Belgique de 1957 à 1968, le professeur Baudhuin fait remarquer : "Les 10 milliards de dépenses du secteur public (Etat et ville d'Anvers) en faveur de l'infrastructure portuaire d'Anvers ont eu un effet multiplicateur de cinq, générant près de 50 milliards d'investissements privés". C'est le début de l'essor économique de la région anversoise et de la Campine dans l'acier et la sidérurgie, mais aussi dans la pétrochimie, le raffinage et le secteur automobile. De 1959 à 1973, la province d'Anvers comptabilise le plus d'investissements aidés (21 %) par rapport à toutes les autres provinces belges. Au cours de la même période, elle reçoit 30% des investissements étrangers effectués en Belgique.

Si l'Etat belge est intervenu à plusieurs reprises pour tenter de sauver la sidérurgie wallonne, il n'a cependant pas négligé le nord du pays. L'électrification du réseau ferroviaire belge a débuté en 1935 par la ligne Bruxelles-Malines-Anvers, tandis que les autres lignes ferroviaires seront électrifiées de 1949 à 1956. En 1934, le Boerenbond, une caisse rurale de crédit active principalement en Flandre, est en faillite suite à des activités financières risquées, mais il est sauvé par l'Etat belge. La première autoroute créée par l'Etat belge sera l' E40 Bruxelles-Ostende en 1956 afin de développer le tourisme à la côte et faciliter l'accès à la mer pour le transport des marchandises. En 1970, le gouvernement donne 115 milliards de FB pour créer le port de Zeebrugge accessible à des navires de 250.000 tonnes, avec un hinterland industriel axé sur les technologies du futur. Sous l'impulsion du ministre limbourgeois Willy Claes, un plan de 210 milliards de FB est lancé de 1982 à 1991 pour améliorer la compétitivité des charbonnages de Campine qui ont cependant ensuite fermé leurs portes.

Michel Quévit pointe la responsabilité des groupes financiers (francophones et flamands) dans les disparités économiques en Belgique. Si ces groupes financiers ont d'abord investi en Wallonie, c'est en raison de la richesse minière et houillère du territoire wallon. S'ils se sont ensuite délocalisés vers la Flandre (notamment lors de la création du complexe sidérurgique de Sidmar), c'est en raison des opportunités nouvelles qu'offraient les infrastructures maritimes et portuaires créées par l'Etat belge.

Et maintenant? D'après les statistiques européennes, l'écart du PIB/hab restait significatif en 2005 entre le nord et le sud du pays : 87,5 pour la Wallonie et 120,1 pour la Flandre (moyenne au sein de l'UE : 100). La Flandre n'est cependant pas reprise dans la liste des 15 régions les plus prospères de l'UE, et la Wallonie parmi les 15 régions les plus pauvres de l'UE (qui appartiennent à l'ancienne Europe de l'Est). On remarque aussi que le PIB/hab de la Wallonie est semblable à d'autres régions industrielles comme les Asturies (90,2) ou le Nord-Pas de Calais (88,6).

L'image "bipolaire" des disparités régionales peut être nuancée par une analyse de la Commission Européenne sur la croissance du PIB par province de 1995 à 2004 : Bruxelles, le Brabant flamand et le Brabant wallon atteignent un taux de 3 % ; les provinces d'Anvers, Flandre orientale, Flandre occidentale, Limbourg, Namur et Luxembourg ont une croissance qui varie de 2 à 2,7 % ; les provinces de Liège et de Hainaut stagnent entre 1 et 2 %.

Bravo à Michel Quévit pour cet ouvrage intéressant et bien documenté, mais par souci d'objectivité, il manque un chapitre autocritique sur le manque de vision et les erreurs de gestion des responsables politiques wallons.

Vincent Leroy
Membre de Pro Belgica Hainaut

mercredi 21 décembre 2011

"Comment peut-on être belge?" (Charles Bricman)

Dès le premier chapitre, le journaliste Charles Bricman explique : "La Belgique est une éponge. Elle absorbe les fluides qui viennent de partout à l'entour et les restitue imprégnés de saveurs et de fragrances nouvelles, parfois détonantes. Ou insipides. Mais forcément métisses. Nous sommes ce qu'on appelle ici des zinnekes pour désigner ces chiens de rues à l'ascendance improbable. Nous avons bien du mal à dire ce que nous sommes et plus encore à l'expliquer à nos voisins. Sauf à leur indiquer que nous ne sommes pas hollandais, ni allemands, ni luxembourgeois, ni français, mais quand même un peu de tout çà et d'autres choses encore, à des degrés très variables selon les individus. Un concentré d'Europe mijoté à l'étuvée".

Destiné au grand public, cet essai nous explique la révolution de 1830, les problèmes communautaires, les différences économiques, la fédéralisation du pays, l'arrondissement de Bruxelles-Hal-Vilvorde, etc.

J'ai trouvé son chapitre "Pauvre Wallonie" particulièrement objectif et nuancé. Après avoir évoqué l'âge d'or de l'économie wallonne et les 500.000 Flamands qui y sont venus trouver du travail jusqu'en 1960, Charles Bricman parle de son déclin. Les responsables? Les capitaines d'industrie (qui l'ont délaissée et sacrifiée par rentabilité), les grands travaux d'infrastructure routière, portuaire et ferroviaire lancés par l’État belge (qui ont bien contribué à l'industrialisation de la Flandre) et les responsables politiques wallons (qui ont d'abord voulu sauver les emplois des vieilles industries au lieu de tenter de les reconvertir).

Il va à contre-courant du discours actuel : "Le gouvernement régional wallon investit dans la technologie, crée des pôles de compétitivité. C'est bien. Les décideurs politiques s'emploient à convaincre qu'ils se sont convertis à l'optimisme de la volonté, qu'ils ont enfin compris qu'on ne sauvera pas les vieilles industries, qu'on n'arrêtera pas le temps avec des aides publiques, qu'il faut changer de cap. Ils ont raison, bien sûr. Mais çà prendra encore du temps, beaucoup de temps perdu pour les générations sacrifiées".

Charles Bricman ne croit pas à la scission du pays car la Flandre n'a pas envie de perdre Bruxelles et le label "Belgique" d'une part, et de nombreux problèmes seraient difficiles à régler, comme le partage de la dette publique d'autre part ("Une séparation n'aiderait en rien à résoudre les questions pendantes mais en ajouterait au contraire de nouvelles").

Sa solution? Changer de méthode et se demander quelles compétences et quel financement on veut attribuer à l’État belge (et non l'inverse en négociant sur ce qu'on veut lui enlever et confier aux régions). Mon seul reproche est que cette solution concerne uniquement le monde politique, et non les citoyens belges qui ont pourtant aussi un rôle à jouer, comme l'avait très bien expliqué Gilles Vanden Burre dans son livre "Oui, une autre Belgique est possible". L'auteur n'évoque pas non plus le projet de création d'une circonscription électorale nationale.

Vincent Leroy
Membre de Pro Belgica Hainaut

jeudi 3 novembre 2011

"Belges en France" (Jacques Mercier)


Auteur d'une trentaine d'ouvrages (essais, poèmes, romans, etc.), l'écrivain et animateur Jacques Mercier a choisi en 2006 de s'intéresser aux Belges vivant ou/et travaillant en France dans tous les domaines. Le premier chapitre est consacré à la décennie prodigieuse du cinéma belge : "Depuis dix ans, les Belges s'imposent dans le palmarès du Festival de Cannes! C'est probablement la partie la plus visible de la présence belge en France. Faisons un rapide bilan : deux Palmes d'or des frères Luc et Jean-Pierre Dardenne. En 1999, ils reçoivent la Palme pour "Rosetta", et en 2005, ils la reçoivent une deuxième fois pour "L'enfant" ; quatre prix d'interprétation : Pascal Duquenne, qui partage son prix avec Daniel Auteuil, en 1996, pour le film "Le huitième jour" de Jaco Van Dormael, Natacha Régnier, avec Elodie Bouchez, en 1998 pour le film "La vie rêvée des anges", Emilie Dequenne en 1999 pour son interprétation dans "Rosetta" et Olivier Gourmet, en 2002, pour sa prestation dans "Le fils" des frères Dardenne. Pour demeurer dans cette sphère du Festival de Cannes, une des plus belles vitrines du cinéma mondial, ajoutons que Cécile de France fut une magnifique maîtresse de cérémonie de la remise des Palmes du Festival de 2005. On se doit également de citer dans ce mouvement, ce tourbillon cannois la révélation de Benoît Poelvoorde en 1992 dans "C'est arrivé près de chez vous" de Rémy Belvaux" (p.13). Sans oublier Jean-Claude Van Damme, l'acteur belge le plus connu à travers le monde...

Jacques Mercier nous raconte ensuite le parcours de Belges ayant réussi à Paris à la télévision (Christine Ockrent, Olivier Minne, Paul Germain, Maureen Dor, Virginie Efira,...), dans le spectacle (André Lamy, Frédéric Flamand, les Frères Taloche, Annie Cordy, Salvatore Adamo, Frédéric François, Maurane, Axelle Red, mais aussi la jeune génération représentée par Virginie Hocq, dEUS, Jonathan Cerrada, Saule et les Pleureurs,...), le jazz (Toots Thielemans, Marc Moulin, Eric Legnini,...), la musique classique (Gérard Mortier, Bernard Foccroulle, Pierre Bartholomée, José Van Dam,...), la littérature (Françoise Mallet-Joris, Jacqueline Harpman, Amélie Nothomb, Nadine Monfils, François Weyergans, Pierre Mertens, Henry Bauchau,...), la bande dessinée (Tibet, Raoul Cauvin, François Schuiten, Philippe Geluck,...), l'art contemporain (Panamarenko, Pierre Alechinsky, Wim Delvoye, Olivier Strebelle, Jan Fabre, ...), les affaires (Albert Frère, Etienne Davignon,...), le sport (Eddy Merckx, Tom Boonen, Kim Clijsters, Justine Henin, Jacques Rogge, Jean-Michel Saive,...).

L'auteur évoque également nos stylistes :   "Dans les années 50, les maisons de couture belges proposaient surtout des créations parisiennes. Ces maisons achetaient soit des modèles confectionnés, soit des patrons qu'elles reproduisaient dans d'autres tissus. Aujourd'hui, les écoles des Beaux-Arts d'Anvers ou de La Cambre sont une source de nouveaux talents. Parmi eux, Jose Enrique Ona Selfa, diplômé de la Cambre, qui signe la collection de la maison Loewe. Olivier Theyskens, dont Madonna portait une robe pour la cérémonie des Oscars, et crée, depuis 2003, les collections de la maison Rochas. Depuis les années 80, la bande des six d'Anvers a fait du chemin. Lorsqu'ils étaient des étudiants inconnus, ils ont ensemble présenté leurs créations à Londres, au célèbre British Designer Show, et furent la révélation du salon. D'autres grandes maisons de couture belges proposent leurs créations à Paris :  Gérald Watelet, Pierre Gauthier,Yves Dooms, Olivier Strelli ou Pascale Kervan, spécialisée dans les vêtements de cérémonie. Mais la mode belge, ce sont aussi les accessoires : le célèbre maroquinier Delvaux ou les chapeaux d'Elvis Pompilio et Christophe Coppens"  (p.241). Il faut aussi mentionner le couturier Edouard Vermeulen et la modiste Fabienne Delvigne qui travaillent pour les familles royales de Belgique, Luxembourg, Pays-Bas et Suède!

Jacques Mercier termine par un hommage à Soeur Emmanuelle (née en 1908 à Bruxelles) qui a fini sa vie dans une maison de retraite du sud de la France. Son association aide plus de 50.000 enfants démunis à travers le monde.

Ce livre m'a fait découvrir de nombreuses personnalités méconnues et a renforcé ma fierté d'être belge. Petite par la taille, la Belgique possède un remarquable patrimoine architectural, de beaux endroits verdoyants, une vie associative très importante, de très nombreux talents et un folklore désormais reconnu par l'Unesco. Notre pays multiculturel accueille également plusieurs institutions européennes, dont les fonctionnaires et les diplomates font vivre notre économie et découvrent notre culture et notre sens de la fête. Vive la Belgique! Leve België!

Vincent Leroy
Membre de Pro Belgica Hainaut